L’« avantage collaboratif » – Volet 1 : trois villes canadiennes approchent l’itinérance autrement

Pas de commentaire Par La rédaction | 2 février 2018
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Ce texte est une première de quatre publications portant sur l’ouvrage de l’auteur Carey Doberstein, intitulé Building a collaborative advantage – Network Governance and Homelessness Policy-Making in Canada, extrait de UBC Press. Cette série illustre les exemples de trois grandes villes canadiennes, Vancouver, Toronto et Calgary, ayant exploré de nouvelles approches en itinérance.

 

À quoi se réfère l’« avantage collaboratif » ?

L’«avantage collaboratif» est un terme inventé par Chris Huxham en 1993, le processus mêlant des acteurs avec différentes visions, pour régler des problématiques qui ne peuvent être réglées seules par un organisme ou un gouvernement. L’auteur ajoute qu’en plus d’un changement de politique stratégique, il faut examiner comment les réseaux allouent les fonds et font des investissements dans les services (p.77).

L’itinérance n’est pas tombée du ciel, affirme l’auteur d’entrée de jeu en citant le regretté Jack Layton; elle est le résultat d’une série de politiques mises en place par différents paliers de gouvernement.

 

Trois grandes villes canadiennes

Parmi les grandes villes canadiennes, Vancouver, Toronto et Calgary sont les villes où l’itinérance est la plus présente et où le manque de logements abordables est le plus criant. L’auteur étudie ces villes et relate l’histoire de la création des différents réseaux dans chacune. L’auteur a choisi de se concentrer sur ces villes, parce que les données concernant le nombre de personnes en situation d’itinérance sont compilées depuis plus longtemps, permettant de comparer les politiques et leurs impacts au fil du temps.

 

Trois réseaux de gouvernance

Chacune des villes étudiées comprend trois réseaux de gouvernance, qui se déclinent comme suit : 1) un réseau à grande échelle, qui inclut tous les acteurs pertinents du secteur, 2) un réseau autochtone et 3) un réseau basé sur les besoins d’urgence, généralement les refuges. De plus, elle s’attarde aux politiques du gouvernement fédéral en itinérance depuis 1995, notamment en ce qui concerne les peuples autochtones. [Note édito – malheureusement elle ne fait pas l’analyse pour Montréal, parce que les données ont commencé à être compilées en 2015 avec le premier dénombrement, ce qui était trop récent pour analyse.] Les différents réseaux se détaillent ainsi : Ville-Main, qui regroupe l’ensemble des organismes œuvrant en itinérance, Ville-Emerg est composé des refuges d’urgence et Ville-Ab consiste au réseau autochtone dans la ville.

Selon l’auteur, qui se réfère aux chercheurs reconnus Stephen Gaetz et Michael Shapcott, deux dimensions clés peuvent répondre à l’itinérance : les innovations politiques et la coordination des systèmes (p.5). Les villes ont commencé à approcher l’itinérance autrement, en quittant la méthode traditionnelle de «gestion de l’itinérance» (par exemple de donner des bas propres) pour coordonner les systèmes, une approche prônée ces dernières années par des villes comme Vancouver et Calgary. Ces deux villes ont d’ailleurs été plus efficaces que Toronto, souligne l’auteur, en termes d’innovation et de coordination.

L’auteur a débuté son analyse à compter du milieu des années 1990 afin d’inclure le début de la crise de l’itinérance et de constituer le point zéro, avant la création des réseaux de gouvernance. La recherche se concentre sur trois périodes : pré-1995, soit avant la création des réseaux, 1996-2014, la période où ils ont été le plus actifs et 2015 à maintenant.

Pour l’auteur, les approches innovantes et un système coordonné sont nécessaires pour réduire la prévalence et la sévérité de l’itinérance (p.37). Des innovations peuvent inclure des politiques expérimentales ou en phase pilote, l’importation d’idées d’autres endroits ou l’essai d’approches moins conventionnelles.

Pour que les innovations de politiques soient identifiées et liées au réseau de gouvernance, un des quatre critères suivants doit être mis en place : 1) la nouvelle politique est lancée par le réseau de gouvernance au niveau local 2) la politique doit être amenée à un niveau gouvernemental plus élevé 3) des programmes innovants en itinérance doivent être financés et 4) de nouvelles façons de gouverner et d’organiser le secteur doivent être en place.

 

La coordination des systèmes : une dimension cruciale

En plus des innovations en matière de politique, la coordination des systèmes est une dimension cruciale pour mettre fin à l’itinérance y compris la protection de la jeunesse, la justice et la santé mentale. L’élimination des failles dans le système dans lesquelles une personne peut tomber est primordiale et les différents secteurs se doivent donc de travailler ensemble afin de prévenir que personne ne soit oublié dans le système.

Un réseau institutionnalisé, suggère l’auteur, serait davantage à même d’apporter des changements significatifs au développement de politiques. De plus, le réseau doit être inclusif, avec des acteurs provenant à la fois des gouvernements et de la société civile.

Les changements de politiques peuvent se faire de différentes façons, dit l’auteur (p.60) : en modifiant la législation, les règlements, les priorités de financement ou les façons d’organiser les réponses à l’itinérance.

Des exemples concrets des trois villes abordées, Vancouver, Toronto et Calgary, seront traités dans les prochains textes.

 

 

 

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