L’approche axée sur les forces : aperçu

Pas de commentaire Par La rédaction | 3 août 2018
Illustration
 Auteur : Eric Latimer
Traduction: Danielle Jazzar

L’approche axée sur les forces a été développée par la School of Social Welfare de l’Université du Kansas dans les années 1980. Elle peut être considérée à la fois comme une philosophie d’intervention et comme un moyen concret d’offrir des services de soutien. Pris en tant que philosophie d’intervention, le principe de se concentrer sur les forces du client plutôt que sur ses manques et ses faiblesses pour l’évaluation et la planification des services a eu une grande influence. Nombre de programmes de soutien pourraient adhérer à ce principe et souligner la manière dont il influence le travail des intervenants avec les clients. 

 

On connaît moins bien les fondements théoriques de cette approche, notamment les moyens concrets par lesquels les principes des forces sont appliqués dans ce que l’on a nommé « approche axée sur les forces » et les résultats à ce jour de cette façon d’organiser et de fournir des services de prise en charge. Ce document en présente un aperçu. 

 

 

Fondements théoriques 

Selon les créateurs et promoteurs de l’approche axée sur les forces, Charles Rapp et Rick Goscha, la théorie de l’approche axée sur les forces peut se résumer comme suit (1) : L’objectif de cette approche est d’améliorer la qualité de vie, l’épanouissement et la satisfaction personnelle, qui sont en grande partie déterminés par le type et la qualité de l’habitat des clients. On entend par « habitat », dans ce contexte, l’environnement dans lequel une personne vit. Les habitats peuvent être naturels, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas créés spécifiquement pour les personnes atteintes de maladie mentale (par exemple, les sans-abri); ou artificiels (par exemple, les ateliers protégés ou le soutien aux études). Les habitats tant naturels qu’artificiels peuvent être emprisonnants ou facilitateurs. Les habitats emprisonnants, comme leur nom l’indique, on s’en échappe difficilement; ils ont tendance à définir l’identité d’une personne, ils sont stigmatisés et, par conséquent, restreignent les relations sociales entre les personnes qui vivent à l’intérieur de cet habitat. Il y a peu d’espoir de voir progresser significativement une personne tant qu’elle se maintient à l’intérieur d’un tel habitat. Par exemple, le chômage et les ateliers protégés sont tous deux des habitats emprisonnants. Toutefois, le chômage est un habitat naturel et les ateliers protégés sont un habitat artificiel. 

 

Contrairement aux habitats emprisonnants, les habitats facilitateurs définissent moins l’identité d’une personne, ils ne restreignent pas les contacts entre les membres du même habitat; ils incitent à établir des objectifs à long terme; ils récompensent la compétence et la qualité; etc. Un emploi régulier et compétitif (non réservé aux personnes handicapées, payé au salaire minimum ou plus) est un habitat naturel et généralement facilitateur; un programme de soutien aux études (qui aide les gens à avoir accès à l’enseignement dans le système éducatif normal, et pas dans un programme destiné uniquement aux personnes handicapées) est un exemple d’un habitat facilitateur artificiel. 

 

Une approche axée autant sur les forces individuelles des personnes (leurs aspirations, leurs compétences et leur confiance en soi) que sur leurs forces environnementales (ressources, possibilités et relations sociales) peut les aider à s’orienter vers des habitats plus facilitateurs et à leur permettre ainsi d’améliorer leur qualité de vie, leur épanouissement et leur satisfaction personnelle. De plus, la réussite dans un domaine engendre les efforts et la réussite dans d’autres domaines. Par exemple, une personne qui décroche un emploi améliore son hygiène personnelle, son revenu et sa confiance en soi; ce qui l’incitera à son tour à pratiquer diverses activités de loisirs et facilitera ses relations sociales. Une approche axée sur les forces peut ainsi stimuler un « cercle vertueux » qui améliorera progressivement la qualité de vie, l’épanouissement et la satisfaction personnelle.  

 

 

L’approche axée sur les forces est basée sur six principes: 

(1) L’accent est mis sur les forces plutôt que sur les faiblesses du client; 

(2) Le milieu naturel est considéré comme une oasis de ressources; 

(3) Le client est responsable de son propre processus de soutien; 

(4) La relation entre le client et son intervenant est primordiale et essentielle; 

(5) L’intervention se fait surtout dans le milieu de vie; 

(6) Les personnes aux prises avec une maladie mentale peuvent se rétablir et reprendre le contrôle de leur propre vie. 

 

 

L’intervention se base sur une évaluation formelle, au moyen d’un outil d’évaluation des forces, des forces du client et des forces ou des soutiens à trouver dans son environnement. Cet outil réunit des informations sur la situation actuelle du client, sur ses désirs et aspirations et sur ses ressources personnelles dans les aspects et domaines principaux de sa vie : son quotidien, sa situation financière et ses avantages sociaux, sa santé, ses activités et ses loisirs. Il explore également le domaine de la spiritualité (dans le sens très large du terme) et de la culture. L’évaluation des forces sert ensuite de base pour élaborer un programme personnalisé, qui établira un programme commun de travail entre la personne qui reçoit les services et l’intervenant à un moment donné. Tout comme le processus d’évaluation des forces, l’élaboration et la mise à jour régulière du programme personnalisé se font au rythme du client, se doivent d’être le plus précises possible, utilisent les propres mots du client et se servent d’un outil spécifique. 

 

Les intervenants ne prennent pas plus de 20 clients à la fois, et même moins si certains ont plus de problèmes. Ces intervenants font partie d’une équipe de 6 ou 7, tout au plus, sous un seul superviseur. Le superviseur doit consacrer 8 heures par semaine au soutien individuel des intervenants : deux heures par semaine pour une réunion de supervision de groupe durant laquelle la discussion porte sur les meilleurs moyens de traiter certains cas spécifiques; un examen individuel de la manière dont sont élaborés les évaluations des forces et les programmes personnalisés; une supervision individuelle des interactions avec les clients sur le terrain. Les intervenants pour le soutien à l’emploi et les spécialistes du traitement intégré des cas de double diagnostic font partie de l’équipe. C’est dans le milieu de vie que les intervenants passent la majeure partie de leur temps (plus de 85 %) avec les clients. Les intervenants ont plus facilement accès aux ressources qui se trouvent dans le milieu naturel et les utilisent beaucoup plus souvent que les services professionnels de santé mentale. Et, surtout, les intervenants adoptent une attitude positive et encourageante lors de leurs interactions tant avec les clients qu’avec le personnel.  

 

Ces aspects de l’approche axée sur les forces sont mesurés à l’aide d’une échelle de fidélité, et les programmes organisés selon cette approche tendent à atteindre un haut degré de fidélité sur l’échelle de mesure de l’approche. 

 

 

Résultats de recherche sur l’approche axée sur les forces 

Jusque-là, 10 études présentant des évaluations de l’approche axée sur les forces ont été menées. C’est bien plus que ce qui a été fait pour toute autre approche d’intervention, à deux exceptions près : le suivi intensif dans le milieu de vie et les programmes présentés sous l’étiquette générique « soutien d’intensité variable ». Ce terme est couramment utilisé dans la littérature scientifique des services de santé mentale (il n’existe aucune définition précise du soutien d’intensité variable qui fasse consensus). 

 

Sur ces 10 études, 4 étaient expérimentales (donc plus rigoureuses), et les autres étaient de qualité variable. Les données réunies de ces études indiquent que l’approche axée sur les forces est plus efficace que les autres approches dans les domaines sur lesquels elle a été testée, notamment la réduction des hospitalisations et l’amélioration des symptômes et de la qualité de vie. De plus, une vaste étude récente à laquelle ont participé 14 équipes d’intervenants indique que plus on applique fidèlement l’approche axée sur les forces, meilleurs sont les résultats sur le plan des hospitalisations, des emplois compétitifs et de l’éducation postsecondaire (2). Les résultats sont suffisamment probants pour justifier la poursuite de l’expérimentation et de la recherche sur l’approche axée sur les forces, mais ils ne sont pas suffisamment solides pour qu’elle soit lancée à grande échelle. 

 

Références 

  1. Rapp C, Goscha R. The Strengths Model: Case Management for People with Psychiatric Disabilities. Oxford: Oxford University Press; 2006. 
  2. Fukui S, Goscha R, Rapp CA, Mabry A, Liddy P, Marty D. Strengths model case management fidelity scores and client outcomes. Psychiatric Services. 2012;63(7):708-10. 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Mouvement pour mettre fin à l'itinérance à Montréal © 2018.