L’itinérance chez les personnes immigrantes de Montréal – Volet 1 : Le contexte d’immigration au Canada et au Québec et la notion d’intégration.

Pas de commentaire Par Cynthia Lewis | 7 février 2016
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Cet article est tiré d’une étude faite par Cynthia Lewis pour le MMFIM, à l’été 2015.

Le contexte d’immigration au Canada et au Québec

Le Canada accueille chaque année plusieurs milliers de nouveaux arrivants[1], venant renforcer la tendance qui fait de l’Amérique du Nord une destination privilégiée par les immigrants internationaux. En effet, des immigrants économiques, des réfugiés, et des membres de leur famille arrivent massivement pour s’y installer et amorcer un nouveau chapitre de leur vie. Ceux-ci sont admis à la fois pour des raisons humanitaires et pour combler la double problématique qui vise à maintenir le renforcement démographique et le développement économique. À cet effet, les données les plus récentes sont parlantes.

En 2011, la population du Canada née à l’étranger comptait environ 6 775 800 personnes (ENM 2011, Statistique Canada)[2]. Elle représentait 20,6 % de la population totale, soit la plus forte proportion des pays du G8. Entre 2006 et 2011, près de 1 162 900 personnes nées à l’étranger ont immigré au Canada; ces immigrants récents constituaient 17,2 % de la population née à l’étranger et 3,5 % de la population totale du Canada.

Avec l’accroissement de l’immigration récente, un intérêt de plus en plus marqué pour les conditions de vie de ces individus s’est manifesté. Plusieurs recherches ont fait ressortir les problèmes rencontrés par les immigrants et leurs familles : non-reconnaissance des diplômes et des expériences de travail acquis à l’étranger, emploi précaire, revenu insuffisant et conditions de logement difficiles. Cependant, il ne semble pas y avoir de consensus établis quant aux facteurs qui peuvent expliquer la fragilisation des conditions de vie d’une portion de cette population. Est-ce que ce sont les caractéristiques sociodémographiques des individus ou bien un ensemble de facteurs systémiques qui contribuent à leur appauvrissement?

Au Québec, le cadre institutionnel de l’immigration relève des deux paliers de gouvernement : fédéral et provincial. Le premier ministère de l’Immigration du Québec a été créé en 1968, ce qui a permis ainsi au Québec de devenir en 1971 la première province à négocier une entente avec le gouvernement fédéral. Ce sera la première d’une longue série d’ententes. Toutefois, c’est avec l’entente Couture-Cullen (1978) que le Québec va se voir octroyer le droit de sélectionner ses propres immigrants. Dès lors, les objectifs deviennent plus clairs en matière d’immigration au Québec : la population immigrante va contribuer à la vie socioculturelle de la province tout en respectant la place centrale de la langue française.

Parallèlement, en 1991, un nouveau pas sera franchi avec la signature de l’Accord Canada-Québec, relatif à l’immigration et à l’admission temporaire des aubains. Celui-ci introduit de nouvelles dispositions pour le Québec : le Canada va déterminer les normes générales et les objectifs nationaux relatifs à l’immigration, alors que le Québec (selon trois sphères : publique, privée, et le réseau communautaire) aura la responsabilité d’offrir, en particulier, les services d’accueil et d’insertion sur le marché de l’emploi.

Ainsi, les personnes en provenance de l’étranger peuvent entrer sur le territoire sous différents statuts : résidents permanents (provincial) ou non-résidents[3] (fédéral). Les résidents permanents se regroupent en trois catégories : résidents économiquement sélectionnés (ou immigrants économiques), regroupement familial ou réfugiés. Par exemple,pour l’année 2011, la catégorie des immigrants économiques du Québec représentait plus de 74,4 % de l’ensemble des nouveaux immigrants établis sur le territoire entre 2006 et 2011, alors que pour la même période, la seconde catégorie d’immigrants en importance était constituée de ceux faisant partie du cadre du regroupement familial (20,6 %). Les deux dernières catégories d’immigrants représentent respectivement 8,5 % (réfugiés) et 1,7 % (autres immigrants).

Par les nombreux acteurs en présence, l’alignement des politiques et des règlements – en matière d’immigration au Québec – représente un véritable défi dans la gestion des services et du soutien dédiés à l’intégration des personnes immigrantes.

L’établissement initial : une étape importante du parcours migratoire

De manière générale, l’établissement représente une courte période de transition par laquelle passent les nouveaux arrivants, alors que l’intégration est un processus continu d’adaptation mutuelle entre l’individu et la société d’accueil. Idéalement, cette intégration aboutit, après un certain temps, à une participation pleine et entière des immigrants au nouveau milieu de vie.

Selon les études consultées, les cinq premières années d’établissement initial seraient cruciales dans l’intégration des personnes, à moyen et à long terme, alors que la première année représente le moment où les nouveaux arrivants sont plus susceptibles d’avoir des difficultés pour obtenir un emploi, accéder à l’éducation et à des soins de santé, apprendre une nouvelle langue et trouver un logement. C’est pourquoi, durant cette période initiale, les services et le soutien offerts, notamment par le réseau communautaire, est particulièrement important pour irienter les individus et faciliter leur parcours. Néamoins, la plupart des écueils liés à l’expérience migratoire tendent à s’atténuer avec le temps et au fur et à mesure que les besoins des individus changent pendant le processus d’intégration.

Le fait qu’une majorité de la population immigrante arrive à s’intégrer relativement bien à la société d’accueil ne veut pas dire que certains individus ne vivront pas des expériences particulièrement difficiles durant ce processus.

L’intégration, le  logement et l’itinérance

Il a été relaté qu’un des problèmes les plus récurrents en matière de politiques d’établissement et d’intégration est lié directement à la question du logement. Ainsi, et de manière générale, trouver un logement abordable[4] serait un des éléments essentiels à l’intégration des nouveaux arrivants, tout en représentant un des principaux défis de leur établissement.

Or, le Canada fait présentement face à une pénurie importante de logements abordables (doublée d’une demande croissante pour ce type de logis), notamment dans les grands centres urbains – tels que Montréal, Toronto et Vancouver – où il existe justement une forte concentration de ménages immigrants.

Même si une proportion importante d’immigrants accédera progressivement au marché de l’habitation, ce ne sera pas le cas pour bon nombre d’entre eux. Pour certains individus tels que les nouveaux arrivants, les femmes, les réfugiés, ou encore les demandeurs d’asile, les mesures prises pour répondre à une pénurie de logements abordables consistant à vivre dans un logement surpeuplé, à prendre un logis dans une unité ou un quartier inapproprié, à dormir sur le divan d’un ami et/ou utiliser temporairement les refuges d’urgence pour personnes sans abri. L’instabilité résidentielle et l’itinérance sont des avenues possibles pour les personnes immigrantes les plus fragiles. Celles-ci seraient davantage à risque d’itinérance cyclique et situationnelle. Ces deux situations ont comme particularité d’être parfois moins visibles dans le tissu urbain, complexifiant l’ampleur réelle de la problématique observée chez ces groupes.

Selon une étude récente de la Société de développement social de Ville-Marie (2014), les causes possibles d’entrée en itinérance chez les personnes immigrantes à Montréal seraient directement liées à la perte du logement, à la perte du revenu et/ou à l’arrivée récente des individus. Aussi, les principales raisons mentionnées par les immigrants, quant au maintien de l’itinérance, sont entre autres l’absence d’emploi, l’absence de revenu et l’absence d’un logis. Selon l’enquête d’où sont tirées ces informations, le fait que les principaux facteurs de fragilisation quant à l’expérience migratoire des individus soient liés à l’emploi et au logement amène à revoir les pistes de solutions dans la réinsertion des immigrants en situation ou à risque d’itinérance à Montréal.


Le deuxième article de la série porte sur l‘intégration socioéconomique et les facteurs de fragilisations.


[1] Les termes nouveau immigrant ou immigrant récent désignent une personne établie au Canada depuis moins de cinq ans.
[2] En 2010, le gouvernement du Canada a décidé d’apporter des changements majeurs au Programme du Recensement de 2011. En effet, le questionnaire long et obligatoire du recensement a été remplacé par une enquête volontaire auprès du tiers des ménages canadiens, intitulée l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM).
[3] Les non-résidents sont les visiteurs, les étudiants étrangers, les revendicateurs du statut de réfugié ou les détenteurs d’un permis de travail temporaire.
[4] Au Canada, un logement est considéré comme abordable si les frais de logement représentent moins de 30 % du revenu avant impôt du ménage qui l’occupe. 


Télécharger l’étude au format PDF:  Une réalité urbaine: L’itinérance et les risques d’itinérance chez les personnes immigrantes de Montréal.


À propos de Cynthia Lewis

Spécialiste en logistique de terrain et en gestion de données, Cynthia Lewis est détentrice d’un baccalauréat en anthropologie et d’une maîtrise en démographie de l’Université de Montréal. À partir de 2006, elle s’oriente en santé et condition féminine, sous la bannière de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de l’Organisation des Nations Unies (ONU), à titre de chercheur et de responsable de projets. Puis, en 2015, elle se joint au Mouvement pour mettre fin à l’itinérance à Montréal (MMFIM), comme consultante. Durant cette période, elle participe également au Dénombrement et à l’Enquête complémentaire sur les personnes en situation d’itinérance à Montréal.

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