L’itinérance des femmes à Montréal – Volet 4 : Au-delà du « Logement d’abord »

Pas de commentaire Par Cynthia Lewis | 19 mars 2016
Illustration Crédit photo : Marie-Anne Bourassa

Cet article est tiré d’une étude faite par Cynthia Lewis pour le MMFIM, à l’été 2015.

Des programmes adaptés, des politiques sociales et économiques

Malgré l’efficacité du modèle « Logement d’abord », celui-ci ne constitue pas à lui seul une solution unique à l’itinérance. D’une part, nous savons que les principaux facteurs de fragilisation liés à l’itinérance des femmes, outre la violence et les abus, sont la pauvreté, les inégalités sociales et le manque de logements abordables. En conséquence, l’itinérance des individus ne peut être mise en œuvre uniquement par le secteur locatif et le secteur communautaire; elle exige aussi la participation active des différentes organisations et entités gouvernementales. Il faut donc instaurer des programmes de soutien au revenu, au logement et à l’emploi, adaptés à la population visée; ainsi que des politiques sociales et économiques qui favorisent le retour à la vie active chez les individus, particulièrement chez ceux et celles qui sont éloignés du marché de l’emploi.

D’autre part, certaines personnes ne réussiront pas à trouver un logement locatif sur le marché privé, alors que d’autres nécessiteront diverses options répondant à leurs besoins et à leur situation spécifique, d’où l’importance d’intégrer un éventail d’interventions et de soutiens relatifs à la prévention, ainsi que des services d’urgence et d’autres modèles d’hébergement. Par exemple, les femmes et les jeunes filles pour qui l’expérience de l’itinérance a entraîné des traumatismes trop importants ne peuvent (ou ne veulent) pas dans l’immédiat avoir accès à un logis permanent. L’hébergement ou le logement de transition devient une option importante pour ces femmes, un lieu de répit où rétablir son autonomie et sa confiance et tisser de nouveaux liens sociaux.

Ressources de transition adaptées aux femmes: quelques exemples

Montréal offre déjà des ressources de transitions adaptées à la réalité locale de l’itinérance des femmes. L’expertise de ces différents organismes a été reconnue, au fil du temps, comme offrant de bonnes options pour celles qui désirent des lieux d’accompagnement avant le logement permanent. Nous avons retenu, pour les besoins de ce document, quatre de ces ressources locales.

La première ressource, le pavillon Patricia Mackenzie (Mission Old Brewery), offre plusieurs types de services allant du refuge d’urgence à l’hébergement de transition – à séjours variables – et tous intégrés dans un même lieu. Le premier programme – dit de première ligne – offre un service d’urgence sécuritaire où les femmes peuvent passer la nuit, avec des services de soutien (refuge, repos et vêtements) 24 heures sur 24 et 365 jours par année. Ce refuge d’urgence est également la porte d’entrée au programme « Étape », d’une durée de 30 jours; celui-ci offre un environnement sécuritaire et un service d’accompagnement visant à favoriser la stabilité et l’intégration sociale. Après avoir complété le programme « Étape », les femmes peuvent accéder au programme résidentiel « Escale », pour une période de trois mois (logement privé et semi-privé), avec services de soutien adapté. Aussi, le programme « Les Voisines », offert pour plusieurs mois, permet aux femmes de sortir de l’itinérance chronique et de l’isolement, par l’obtention d’une chambre en colocation. Le soutien offert vise la réadaptation sociale au moyen d’une aide psychologique (individuelle ou en groupe) et d’outils pratiques qui favorisent les compétences indispensables à la vie quotidienne. Ce programme offre également un service adapté pour les personnes transsexuelles. Toutefois, « Les voisines », bien que ce soit une bonne initiative d’hébergement transitoire, ne peut aider qu’un maximum de 10 femmes à la fois.

La deuxième ressource, « La rue des femmes », est un organisme qui vient également en aide aux femmes en situation d’itinérance chronique et en difficulté. Basée sur l’approche de la santé relationnelle – qui distingue « La rue des femmes » des autres organismes –, cette initiative offre aux femmes des services de soutien personnalisé, des activités structurantes, ainsi que des outils essentiels à la reconstruction individuelle et sociale. Le programme comprend de l’accompagnement communautaire, visant à créer une relation d’appartenance par le travail de soutien dans le respect, l’inclusion, et la solidarité sociale. La rue des femmes, tout comme le pavillon Patricia Mackenzie, offre un éventail de ressources allant du refuge d’urgence à l’hébergement transitoire – à durée variable – pouvant s’échelonner sur un an et plus. Par exemple, l’initiative connexe, « La Maison Olga », dispose d’un centre d’hébergement avec une capacité de plus de vingt chambres individuelles, en plus de trois places d’accueil pour des situations d’urgence. Autre exemple, « La maison Jacqueline » : outre des chambres pour les femmes, elle offre des aires communautaires (cuisine, salon et fumoir), des services de commodités (laveuse/sécheuse), ainsi que des services d’intervention et de soutien, tous intégrés dans un même lieu. L’ensemble des divers refuges et hébergements de « La rue des femmes » est également offert dans un cadre qui assure la sécurité et la confidentialité du lieu et de la personne.

La troisième ressource, « Mères avec pouvoir » (MAP), mérite une attention particulière, notamment pour sa formule d’hébergement transitoire à long terme. Ce modèle assure non seulement une qualité de vie et des conditions socioéconomiques maximales à la réinsertion des mères monoparentales, mais il pourrait être jugé efficace pour prévenir les risques d’itinérance chez les femmes avec enfants d’âge préscolaire. Le programme offre des appartements individuels (et subventionnés) dans des immeubles communautaires, dont la location s’étale sur une durée de plus de trois ans, avec possibilité de prolongement allant jusqu’à cinq ans, au besoin. Ce cadre unique favorise le développement optimal et le bien-être des femmes mères à faible revenu. De plus, l’initiative assure un ensemble de services et de ressources dédiés à la fois aux femmes (soutien personnel, horaire souple, atelier parent-enfant) et aux jeunes enfants (CPE, aires de jeu, suivi) dans un environnement communautaire sécuritaire, et qui sont tous intégrés dans un seul et même site. Par sa formule d’hébergement, MAP représente un modèle de logement transitoire favorable pour prévenir l’itinérance des femmes et des familles.

Finalement, « La Dauphinelle », est l’une des rares maisons d’hébergement à Montréal à offrir des services à la fois pour les femmes victimes de violence conjugale, de violence intrafamiliale, et qui sont en difficulté, âgées de 18 à 60 ans et plus. La spécificité de cette initiative est sa capacité d’accueillir également des femmes avec enfants (sans restriction d’âge ou de nombre), ainsi que des femmes sans enfants. Les services sont offerts dans un seul environnement sécuritaire et confidentiel avec possibilité d’hébergement – à séjours variables – pouvant aller jusqu’à 6 mois. Les services d’accompagnement s’adressent à la fois aux femmes (p. ex., soutien et suivi individuel, sensibilisation, information, éducation) et aux enfants (p. ex., aide aux devoirs, garderie, aires de jeux, soutien adapté à l’âge de l’enfant). Également, le soutien est adapté à la population de femmes (langue, savoir, choix) où l’enfant se retrouve au cœur de l’intervention. De plus, des services dirigés (ressources médicales, psychosociales publiques et privées, ressources juridiques, organismes communautaires, services aux enfants, services spécialisés en immigration, etc.) sont offerts, selon les besoins ciblés chez les femmes. « La Dauphinelle » mise sur des approches qui s’articulent principalement autour de la reconnaissance de l’expertise de chaque personne, en favorisant à la fois les relations humaines et l’aspect communautaire.

Autres initiatives d’ici : Logis Rose-Virginie, L’Arrêt-Source, Auberge Madeleine, La Maison Marguerite, Maison Passage, Foyer pour femmes autochtones de Montréal, Le chaînon, YMCA-Y des femmes, Les Auberges du cœur, SAVA Centre-Ouest, Stella, L’abri d’espoir.

Pour plus d’information sur le logement et l’itinérance des femmes au Québec et au Canada, consulter les rapports de recherche recensés par le YWCA  Canada et quelques références compilées par le Homeless Hub.


Télécharger l’étude au format PDF:  Une réalité urbaine: L’itinérance des femmes à Montréal.


À propos de Cynthia Lewis

Spécialiste en logistique de terrain et en gestion de données, Cynthia Lewis est détentrice d’un baccalauréat en anthropologie et d’une maîtrise en démographie de l’Université de Montréal. À partir de 2006, elle s’oriente en santé et condition féminine, sous la bannière de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de l’Organisation des Nations Unies (ONU), à titre de chercheur et de responsable de projets. Puis, en 2015, elle se joint au Mouvement pour mettre fin à l’itinérance à Montréal (MMFIM), comme consultante. Durant cette période, elle participe également au Dénombrement et à l’Enquête complémentaire sur les personnes en situation d’itinérance à Montréal.

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