Que se passe-t-il à Vancouver?

Pas de commentaire Par Alison Smith | 1 mars 2016
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En 2008, Gregor Robertson et son parti de centre gauche, Vision Vancouver, ont été élus à la mairie de Vancouver. La campagne contre le parti de centre droit, le Non-Partisan Association, a beaucoup mis l’accent sur l’enjeu de l’itinérance. Robertson avait promis de faire de l’itinérance une des trois priorités de son mandat et de mettre fin à l’itinérance avant la fin de 2015.

Sa promesse de lutter contre l’itinérance est venue après le décès d’un itinérant, Darryl Mickasko, qui est mort dans les rues de Vancouver, juste à côté d’un refuge où il avait essayé, avec sa copine, de passer la nuit. Le refuge était plein, et Mickasko est mort dans l’incendie d’un abri de fortune qu’il avait construit. Robertson s’est présenté à la mairie de la ville de Vancouver avec la conviction que personne ne devrait mourir dans les rues de la ville, ni passer la nuit ni vivre dans les rues d’une ville aussi riche que Vancouver.

Après son élection à la mairie, Robertson a immédiatement mis en place des actions pour lutter contre l’itinérance. Son plan comprenait l’ouverture de plusieurs refuges d’urgence avec peu de restrictions, qui étaient ouverts 24 heures sur 24 pour permettre aux personnes de rentrer et sortir comme bon leur semble. Robertson a aussi dévoilé un plan de dix ans en matière de logement abordable et de lutte contre l’itinérance en 2010.

Les premiers dénombrements à la suite de son élection ont montré un certain succès à première vue. Il y avait une baisse importante de l’itinérance dans la rue (street homeless) en 2010. Mais la baisse était accompagnée d’une hausse presque similaire de l’itinérance dans les refuges (sheltered homeless). L’action de faire bouger les personnes de la rue aux refuges peut être importante, si les refuges sont sécuritaires et connectent les personnes à des services dont elles ont besoin. Mais le manque de logements abordables et parfois de soutiens à Vancouver a fait en sorte que la ligne entre la rue et le refuge, pour les personnes chroniquement itinérantes au moins, était vague et floue. En 2015, date à laquelle Robertson avait promis de mettre fin à l’itinérance de la rue, les dénombrements ont montré qu’il y avait plus d’itinérance dans la rue et dans les refuges qu’il n’y en avait en 2008 quand il a été élu pour la première fois.

Ses adversaires ont souligné l’échec de Robertson, mais ses efforts en ce qui concerne l’itinérance étaient importants et ne devraient pas être sous-estimés. Robertson a ouvert plusieurs refuges peu restrictifs, ce qui était vraiment nécessaire à Vancouver; il a contribué à fournir de précieuses terres aux partenariats entre les trois ordres de gouvernement pour construire des logements; il a acheté des hôtels et les a convertis en logements abordables pour les personnes sans abri; et il a utilisé activement les pouvoirs de la ville, tels que les mécanismes de zonage inclusif, pour forcer le secteur privé à contribuer au parc de logements abordables.

Mais ses efforts n’ont toutefois pas suffi à mettre fin à l’itinérance. Il y a plusieurs théories pour expliquer le fait que l’itinérance ne cesse de croître à Vancouver. Une recherche récente menée par Julian Somers a trouvé que la moitié des personnes chroniquement itinérantes à Vancouver venaient d’ailleurs. Cela peut être dû à une concentration importante de services à Vancouver, notamment dans le quartier Downtown Eastside, et aussi à l’attitude moins stigmatisante concernant les drogues et la santé mentale. Et peut-être qu’une réflexion est faite au sujet du manque important de services dans les communautés plus petites de la Colombie-Britannique, et partout au pays aussi.

Mais il est également important de souligner que le gouvernement provincial n’a pas toujours fait tout ce qui était en son pouvoir. Le gouvernement de la Colombie-Britannique a été l’un des gouvernements provinciaux les plus impliqués en matière de logement, avec un long passé d’interventions et d’innovations, les attitudes envers les personnes pauvres ont souvent été punitives. Par exemple, la province a un programme d’assistance au loyer pour aider les personnes à bas revenu à trouver et à maintenir du logement abordable du secteur privé. Mais le programme est réservé aux travailleurs pauvres; les personnes qui reçoivent l’assistance sociale, y compris les personnes avec des incapacités ou les familles avec enfants, n’ont pas accès à ce programme d’assistance au loyer.

La Colombie-Britannique est la seule province au Canada à n’avoir jamais même envisagé l’adoption d’un plan contre la pauvreté. Actuellement, les 9 autres provinces ont déjà développé ou sont en train de développer une stratégie de lutte contre la pauvreté. La Ville de Vancouver et la province travaillent ensemble pour construire des logements abordables et avec soutien pour les personnes itinérantes, et cela a aidé beaucoup de personnes à sortir de l’itinérance. Mais les efforts n’ont pas suivi le rythme créé par une crise en logement abordable et le taux de pauvreté le plus élevé au pays.

Le gouvernement fédéral précédent a investi en logement abordable et en structures pour lutter contre l’itinérance, mais pas du tout de l’ampleur nécessaire à Vancouver. Avec l’élection d’un nouveau gouvernement fédéral, qui s’est clairement engagé à financer l’infrastructure à hauteur de 60 milliards de dollars en dix ans, l’administration de Vancouver a redoublé ses efforts de lutte contre l’itinérance. La Ville de Vancouver a récemment offert 20 parcelles de terre, valant 250 millions de dollars à une initiative municipale-provinciale-fédérale visant à construire des logements abordables. Afin de maintenir la perspective, la Ville de Toronto, avec une population quatre fois plus grande que celle de Vancouver, a offert 5 parcelles de terre afin d’essayer attirer l’investissement fédéral en logement abordable, et a promis13 autres parcelles de terre pour l’avenir.

L’échec de Robertson est une preuve importante qu’une ville seule ne peut pas mettre fin à l’itinérance. Le gouvernement fédéral va bientôt présenter son budget, et les représentants du niveau municipal ainsi que les défenseurs des sans-abri veilleront avec beaucoup d’attention à voir si le gouvernement fédéral va les rejoindre à la table et dans leurs efforts pour réduire et prévenir l’itinérance.

 

Alison SmithAlison Smith est candidate au doctorat à l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur l’itinérance au Canada.

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