Que se passe-t-il à New York?

Pas de commentaire Par Alison Smith | 17 janvier 2016
Illustration

Cet article est une traduction de l’article publié la semaine passée, What is Happening in New York City?

 

Bill de Blasio, l’un des maires les plus libéraux des États-Unis, a fait de la lutte contre l’itinérance la priorité principale de son mandat de maire de la Ville de New York. Deux ans après son élection, son administration a été en proie à des controverses, à des conflits et à des bouleversements autour de la question de l’itinérance. Tout comme Gregor Robertson, un maire canadien libéral qui a promis de mettre fin à l’itinérance mais qui n’a pu que constater qu’elle avait augmenté durant son mandat de maire de Vancouver, Bill de Blasio a dû admettre que ses efforts pour réduire l’itinérance n’ont pas eu le succès escompté.

L’administration de Blasio a pris des mesures énergiques pour rendre plus efficace son plan de lutte contre l’itinérance, mais cela n’a pas empêché le gouverneur démocrate de New York Andrew Cuomo de critiquer ouvertement la manière dont le maire a traité le problème de l’itinérance. Et dans toute cette controverse et cette hostilité, le département fédéral du Logement et de l’Urbanisme a annoncé à la fin de décembre que la Ville de New York avait mis fin à l’itinérance des anciens combattants. Mais la nouvelle est passée relativement inaperçue, puisque la Ville est aux prises avec un problème de plus grande ampleur.

À partir d’août 2015, les médias ont commencé à laisser entendre que l’itinérance avait augmenté depuis le début du mandat de Bill de Blasio, en 2013. De Blasio a d’abord répondu que l’itinérance n’avait pas augmenté, en soutenant que rien ne prouvait qu’il y avait plus de sans-abri en 2015 qu’en 2013.

De Blasio a finalement admis que la Ville aurait dû expliquer de manière plus claire les actions entreprises pour combattre l’itinérance.

Les critiques à l’égard des mesures de M. de Blasio pour contrer l’itinérance se sont intensifiées à l’automne. En septembre, l’ex-maire de New York Rudy Giuliani, qui est républicain, a déclaré que les « politiques libérales » de Bill de Blasio, qui reconnaissaient aux sans-abri le droit de vivre dans la rue, étaient la cause de la crise de l’itinérance dans la ville. Giuliani a déclaré que, quand il était maire, il avait pris des mesures efficaces et adéquates pour lutter contre l’itinérance, et il a accusé de Blasio de laisser tomber une recette gagnante pour combattre l’itinérance et de créer une situation d’urgence généralisée. De Blasio a répliqué en disant que quand Giuliani était maire, l’itinérance a augmenté de 40 %.

Mais les républicains ne sont pas les seuls à critiquer le premier maire démocrate de New York à être élu en plus de 20 ans. Le gouverneur de New York Cuomo, un démocrate qui a longtemps eu des relations tendues avec de Blasio, a également critiqué ouvertement et de manière virulente la gestion du problème de l’itinérance par M. de Blasio.

Cuomo a fini par promettre que l’État interviendrait avec son propre plan pour contrer l’itinérance au début de 2016, affirmant que le problème de l’itinérance à New York était un problème « d’intelligence et de la gestion » (faisant ici directement référence à De Blasio).

Sans attendre le plan du gouverneur, M. de Blasio a annoncé mi-novembre que la Ville investirait des fonds « sans précédent » dans les logements supervisés, et a promis d’en créer 15 000 en 15 ans, avec un investissement de 2,6 milliards de dollars. (Il y a actuellement 58 000 personnes, dont la moitié sont des enfants, dans le réseau des refuges de la Ville de New York. En plus de cela, à peu près 4000 sans-abri vivent dans la rue.)

Pour promouvoir ses actions, qui sont parmi les plus engagées et les plus interventionnistes aux États-Unis, la Ville a tenu une conférence de presse au début de décembre pour annoncer son nouveau programme et pour répondre aux questions concernant sa stratégie pour contrer l’itinérance. Quand un conseiller municipal a posé une question au sujet de la situation de l’itinérance à New York au commissaire des services aux sans-abri, Gilbert Taylor, celui-ci n’a pas su donner les renseignements adéquats, ce qui a été interprété comme un échec clair et un signe de mauvaise gestion du problème. Trois jours après cette conférence de presse, Taylor a démissionné.

La démission de Taylor aura été le deuxième départ d’un haut fonctionnaire de l’équipe chargée des anciens combattants sans-abri dans l’administration de Blasio, le premier étant la mairesse adjointe responsable de l’itinérance. Cela semblait indiquer que le maire préparait des changements dans sa stratégie de lutte contre l’itinérance. En effet, tandis qu’il montrait publiquement qu’il appréciait Taylor en tant que conseiller, M. de Blasio a également annoncé qu’il ordonnait un examen de 90 jours du bureau du conseiller chargé des itinérants.

Quelques jours après le départ de Taylor, la Ville a annoncé un nouveau plan plus « musclé » pour contrer l’itinérance, HOMESTAT, qui doit assurer quotidiennement le suivi et la surveillance de l’itinérance.

Chaque jour, des travailleurs de proximité devront quadriller une bonne partie de la ville à la recherche de sans-abri et faire le suivi des interventions qu’ils ont effectuées. La Ville a également annoncé qu’elle étendrait sa force d’intervention policière pour répondre dans l’heure aux plaintes concernant l’itinérance.

Cuomo, de son côté, a dévoilé son plan de lutte contre l’itinérance. Il a récemment adopté une nouvelle mesure qui, selon lui, améliorera la situation à New York. Il donne ainsi l’ordre aux policiers municipaux d’obliger les gens à aller dans des refuges d’urgence quand la température descend sous les -32 degrés Fahrenheit (-35 degrés Celsius). Toutefois cette mesure ne s’applique qu’aux personnes souffrant de troubles mentaux. Cette mesure prise par le gouverneur est assez surprenante pour deux raisons. D’abord, parce qu’il critiquait sans détour le réseau de refuges de la Ville de New York, le décrivant comme insalubre et dangereux et blâmait de Blasio pour ne pas l’avoir remis en état. Aujourd’hui, la solution de Cuomo est de forcer les gens à intégrer un système qu’il avoue être défectueux. Ensuite, parce que la mesure a finalement mis de Blasio et le chef de police (avec qui il avait eu des différends manifestés publiquement) sur un pied d’égalité, tous deux soutenant que la Ville a depuis longtemps une politique qui permet aux fonctionnaires d’obliger les gens jugés « inaptes » en raison de troubles mentaux à aller dans des refuges d’urgence.

Il était devenu de plus en plus évident, comme l’ont laissé entendre des publications influentes comme le New York Times, que l’itinérance devenait une bataille politique entre Cuomo et de Blasio.

Le maire et le gouverneur auraient pu, bien sûr, mettre leurs ressources et leurs expertises en commun au profit des New-Yorkais les plus vulnérables, mais au lieu de le faire, l’enjeu que représente l’itinérance risque d’être exploité à des fins politiques dans la querelle personnelle entre deux hommes, qui sont, aux yeux des observateurs les plus crédibles, tout à fait du même bord.

 

Alison SmithAlison Smith est candidate au doctorat à l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur l’itinérance au Canada.