Vers une procédure unifiée pour recenser la population itinérante du Canada

Pas de commentaire Par La rédaction | 24 février 2016
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Par James McGregor et Eric Latimer

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Le gouvernement conservateur a annoncé en 2015 son intention de mettre en place un dénombrement ponctuel coordonné des itinérants sur le plan national. Le nouveau gouvernement libéral a gardé cet engagement, pour tenir sa promesse de toujours fonder ses décisions politiques sur des données fiables et précises. Le gouvernement fédéral fournira des conseils et du financement aux collectivités locales qui souhaitent effectuer un dénombrement des sans-abri. Il est prévu que le premier dénombrement ait lieu en début d’année. L’élément clé de cette initiative nationale est le déroulement simultané du dénombrement, mais également le fait d’employer une même méthode, pour que les renseignements recueillis sur l’itinérance soient compilés et comparés partout au Canada.

Un dénombrement ponctuel est une évaluation instantanée de l’itinérance dans une ville donnée. Les méthodes varient, mais l’objectif est toujours le même : comprendre l’ampleur et le profil de l’itinérance à un moment donné. Les dénombrements des sans-abri ne sont pas parfaits et ne comptent pas les nombreuses personnes qui vivent dans l’itinérance cachée, mais ils sont une source d’information précieuse et fiable en ce qui concerne un problème mal compris par le public et par les décideurs politiques.

Un certain nombre de grandes villes au Canada ont récemment annoncé qu’elles ne participeraient pas à cette première initiative nationale de recensement de la population itinérante. Leur refus d’y participer ne devrait pas être perçu comme une critique des dénombrements des itinérants, mais plutôt comme une volonté de souligner l’importance et la valeur des dénombrements réguliers des itinérants.

La plupart des grandes villes qui ont annoncé qu’elles ne participeraient pas au dénombrement coordonné fédéral – Edmonton, Calgary, Vancouver, Toronto, Montréal – ont chacune effectué un dénombrement à l’échelle locale. Pendant des années, des défenseurs des sans-abri et des décideurs politiques ont surveillé les tendances et les évolutions en ce qui concerne l’itinérance dans plusieurs de ces villes. Nous savons que l’itinérance des Autochtones est en augmentation à Vancouver et que de plus en plus de personnes âgées vivent une situation d’itinérance à Toronto, et ce, grâce à des recensements fréquents et comparables des sans-abri. Ce sont des données précieuses. Si ces villes effectuaient des dénombrements à des moments différents, parfois même en changeant certains aspects de la méthodologie, elles pourraient perdre en quelque sorte leur capacité de suivre l’évolution de ces tendances au fil des ans.

Vancouver effectue depuis 2008 des recensements annuels au mois de mars, et Toronto fait des recensements d’itinérants en avril tous les trois ou quatre ans depuis 2006. Des villes de l’Alberta ont fait des dénombrements en alternance en hiver et en été, Calgary ayant commencé à le faire en 1992. Montréal a effectué avec succès son premier dénombrement de sans-abri en mars 2015, dans lequel ont contribué plus de 600 bénévoles.

Le gouvernement fédéral ne devrait pas y renoncer. Un recensement pancanadien des itinérants permettrait aux villes de synchroniser le calendrier, la définition et la méthodologie de leurs dénombrements, de donner un aperçu de l’itinérance au même moment partout au pays, de comparer leurs résultats et d’apprendre les unes des autres. Compte tenu du nombre de mois qu’il faut pour organiser un dénombrement des sans-abri, le gouvernement fédéral devrait comprendre les réticences de plusieurs villes à organiser un nouveau dénombrement dans un délai très court. Planifier un recensement pancanadien, par exemple, en 2018, donnerait aux villes le temps de synchroniser leurs dénombrements selon un nouveau calendrier national. Cela fournirait aussi l’occasion d’inclure les représentants des villes dans une discussion sur la méthodologie afin d’augmenter les chances d’un ralliement général. Cela permettrait aux dénombrements de mieux remplir leur rôle de soutenir les prises de décisions efficaces aux niveaux fédéral, provincial et municipal, et de contribuer en fin de compte à réduire et peut-être même à éradiquer l’itinérance.

 

James McGregor, asc, est le directeur général du Mouvement pour mettre fin à l’itinérance à Montréal (MMFIM). Éric Latimer, Ph.D. est chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas et professeur au Département de psychiatrie de l’Université McGill. Ils ont codirigé le récent dénombrement des des personnes en situation d’itinérance à Montréal Je Compte MTL 2015.